Jean-François JULLIARD
Jean-François JULLIARD
Directeur général de Greenpeace France
LES PETITS-DÉJEUNERS DU CLUB
Date : 13 juin 2014
Thème : Le rôle des ONG dans la transition énergétique
Parcours : Jean‑François Julliard, né le 7 mai 1973 à Valognes, grandit à Bordeaux avant de se former au journalisme à l’Institut français de presse. Très tôt, il s’engage dans la défense des libertés fondamentales en rejoignant Reporters sans frontières en 1998. D’abord objecteur de conscience, il devient rapidement responsable du bureau Afrique, puis du département de la recherche, avant d’être nommé secrétaire général de l’organisation en 2008. Pendant plus de dix ans, il mène des actions marquantes pour la liberté de la presse : expulsion de Tunisie pour avoir distribué un journal interdit, interventions lors de manifestations contre des régimes autoritaires, actions spectaculaires lors du passage de la flamme olympique pour dénoncer les violations des droits humains. En 2011, il inaugure le premier bureau de RSF en Tunisie, symbole de l’ouverture démocratique du pays.
En décembre 2011, Jean‑François Julliard est nommé directeur général de Greenpeace France, fonction qu’il occupe à partir de février 2012. Pendant quatorze ans, il devient l’un des visages les plus reconnus de l’écologie militante en France. Sous sa direction, Greenpeace renforce son influence publique, multiplie les actions directes non violentes et s’impose comme un acteur incontournable du débat climatique. Il supervise des campagnes emblématiques contre les énergies fossiles, le nucléaire, la déforestation et la surpêche, tout en développant de nouvelles orientations sur l’alimentation durable et la justice environnementale. Son mandat est marqué par des actions très visibles : interventions sur des sites industriels, opérations en mer, blocages symboliques, mais aussi des victoires politiques majeures comme la condamnation de l’État français pour inaction climatique dans l’Affaire du Siècle, l’arrêt de l’importation d’huile de palme par TotalEnergies, ou encore l’adoption d’un traité international pour la protection de la haute mer.
Dirigeant calme, déterminé et profondément engagé, il parvient à fédérer militants, experts, syndicats, mouvements sociaux et médias autour d’une vision exigeante de l’écologie. Il contribue à installer durablement Greenpeace France comme une organisation influente, capable de peser sur les décisions publiques et de mobiliser largement la société civile.
Après quatorze années à la tête de Greenpeace France, Jean‑François Julliard quitte ses fonctions le 31 décembre 2025. Le 1er janvier 2026, il devient directeur général de France Nature Environnement, poursuivant son engagement écologique avec un ancrage plus territorial et une volonté de renforcer les liens entre associations locales, citoyens et politiques publiques. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés au climat, à l’écologie et au nucléaire, il continue de défendre une vision exigeante, humaniste et résolument tournée vers la transformation écologique de la société.
EN SAVOIR PLUS SUR L’EVENEMENT : Jean-François Julliard, journaliste, Secrétaire général de Reporters sans frontières de 2008 à 2012 et Directeur général de Greenpeace France depuis 2012, s’est exprimé sur le rôle des ONG dans la transition énergétique. Alors que la transition énergétique apparaît pour beaucoup comme un simple choix énergétique, le Directeur Général de Greenpeace France affirme qu’au contraire, celle-ci s’avère être un véritable choix de société. Ce sont les modes de consommation, de déplacement et de travail qui doivent être modifiés. En un mot, nos modes de vie. Pour ce faire, Greenpeace se fixe pour objectif à long terme, à l’horizon 2050, de mettre en place une révolution capable de réconcilier l’Homme et la Planète. Jean-François Julliard met en avant trois objectifs majeurs pour son association : réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre, sortir du nucléaire et éviter de créer de nouvelles tensions environnementales. A partir de ce constat, deux évolutions sont nécessaires. D’une part, maîtriser la demande en énergie, d’autre part, faire un choix entre énergie du passé (énergie fossile) et énergies du futur (énergie renouvelables). La transition énergétique est plus que jamais à l’ordre du jour. En tant que président du Sommet de la COP (Conférence des Parties) qui se tiendra à Paris l’an prochain, Laurent Fabius est très attendu sur la question des accords à mettre en place dans le cadre de la limitation des émissions de CO2. Comme l’affirme Jean-François Julliard, seule la transition énergétique permettra au continent européen d’assurer son indépendance énergétique, d’autant plus qu’elle est une véritable source d’emplois (construction, bâtiment, ingénierie…) et pourrait être une solution manifeste en cette période de crise économique.
Toujours pas de loi impliquant la France dans la transition énergétique
La transition énergétique doit se faire à différents niveaux. Tout d’abord à l’échelle nationale, comme le Président François Hollande le préconisait en 2012, il est nécessaire de diminuer d’au moins 15 % la production d’électricité d’origine nucléaire. Bien que celle-ci soit indispensable et alors qu’un débat semble engagé depuis un certain temps, il n’existe toujours pas de loi impliquant la France dans la transition énergétique. C’est un retard de plus par rapport à nos homologues européens. A l’échelle communautaire, il est nécessaire d’établir une trajectoire pour 2030, et surtout, de donner de l’ampleur à nos ambitions environnementales. De plus, les coûts de production des énergies fossiles ne cessent d’augmenter, contrairement à ceux des énergies renouvelables, qui diminuent. Leur compétitivité s’égalise progressivement, preuve d’une potentielle inversion des courbes des coûts à l’avenir. Ainsi, le coût de mise aux normes d’un réacteur est actuellement estimé à quatre milliards d’euros par unité.
Aujourd’hui, le choix est donc cornélien. Faut-il se conformer aux normes de sécurité et faire face à une hausse des prix de l’électricité, ou bien maintenir les prix au détriment de la sûreté du parc nucléaire français ?
Se faire entendre, refuser la paralysie politique actuelle
Le blocage est avant tout politique. Les différences de fonctionnement entre énergies fossiles et énergies renouvelables se trouvent au niveau de la production. L’une relève d’un système fortement centralisé qui empêche toute tentative de changements, contrairement à l’autre, qui ouvre le champ des possibilités.
Pour contrer cette paralysie politique, Greenpeace coopère dorénavant avec d’autres ONG et constitue ainsi une forme de contre-pouvoir, mais aussi d’informateur et de conseiller auprès des décideurs. L’expertise de Greenpeace est produite soit par des cabinets indépendants, soit par ses propres services. La dynamique de collaboration entre ONG permet d’aboutir à des propositions communes, dont la crédibilité et la légitimité se trouvent renforcées.
Selon Jean-François Julliard, à l’heure où la préoccupation des politiques pour la question énergétique et les dynamiques de concertation apparaît inexistante, les actions radicales – mais conscientes- demeurent le seul moyen de se faire entendre des décideurs et d’éveiller un temps soit peu les consciences, quant aux failles de salubrité et de dialogue, inhérentes à la question de la transition énergétique.
Ce second mode d’action, Jean-François Julliard l’apparente presque à la désobéissance civile de Gandhi ou Mandela. Peut-être est-ce l’espoir que, comme avec eux, le changement aura bel et bien lieu.

