Agir ensemble pour vivre ensemble

bertrand-devert-fullwidthSi tout a été dit, et souvent bien dit, sur les causes du mal-logement, force est de constater que la réflexion est en rupture avec les actions espérées et attendues.
Les oubliés de la Société, pour n’avoir point de toit, savent que pour être à part « ils sont étudiés » par les sociologues, juristes, économistes, philosophes, mais sans doute s’interrogent-ils, où sont les praticiens.
L’intelligence spéculative paralyserait-elle les engagements. La bonne sagesse lyonnaise rappelle « qu’il ne s’agit pas seulement d’y dire, mais d’y faire ».
L’agir, dans une perspective novatrice, sans être déserté, connaît les mêmes difficultés que l’apprentissage au sein de l’enseignement alors qu’il est une voie sécurisée pour conduire des jeunes à une activité professionnelle, traversée par l’esprit d’entreprise.
Agir, c’est prendre un risque. Il appelle réflexion et discernement qui ouvrent des espaces de liberté, découvrant que pour apprendre, il faut entreprendre.
Alors, peut sourdre l’audace de changer et de faire changer. Il n’est pas impudent de parler de l’écologie de l’action mettant les bâtisseurs de l’essentiel au sein d’une création qui n’est respectée que lorsque les hommes le sont.
L’Encyclique « Laudato si » souligne que la spiritualité n’est déconnectée, ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; [elle] se vit en communion avec tout ce qui nous entoure ». L’absence d’un logement dans cette vision est non seulement une injustice mais une spiritualité mal comprise blessant la création.
Vous me permettrez de vous partager cet appel : une maman, arrivée en France pour avoir fui sa terre devenue tragiquement inhospitalière, dort avec ses deux petits enfants dans la rue depuis presque deux mois. Il y a peu, une nuit, le bébé – Andréa – a été attaqué par des rats. A ce drame s’ajoute celui de l’indifférence : personne ou si peu pour s’inquiéter, c’est-à-dire bâtir les conditions d’un autrement.
Oui, la Société recherche des bâtisseurs dont l’agir construit l’avenir pour se laisser interroger par le bien commun, cette « arme » pacifique terrassant les injustices qui mettent à mal la cohésion sociale.
L’actualité quotidiennement met en exergue des situations destructrices présentées comme une finalité au service de la toute-puissance : 80 millions d’euros investis sur un joueur de foot de 19 ans, un départ d’entreprise à 14 millions d’euros… Ces fortunes sont ressenties comme une gifle à l’égard de ceux qui vivent l’infortune, pour n’avoir comme « reste pour vivre » que 50 à 100 € mensuels ; ils sont légion.
Ces excès sont l’écume trouble de puissants qui, du hublot de leur « jet », ne peuvent ni voir, ni entendre la traversée douloureuse et parfois tragique de ceux qui tiennent la barre au prix de leur vie ; ils ne savent pas que leur dignité offre à notre humanité de vraies raisons d’espérer.
Au moment où ces lignes sont écrites, une lame de fond d’émotion se lève pour ce petit garçon de trois ans, Aylan, mort noyé qui, pour avoir tenté de rejoindre l’Europe avec ses parents, a échoué sur une plage turque. Sa photo a fait la « Une » des médias et des réseaux sociaux.
Cependant, l’indignation, que je partage, ne saurait se présenter comme l’alibi de l’action.
L’avenir se nourrit des décisions prises, mais plus encore des actions entreprises.