Des aides à comprendre comme une chance et non une charge

Bernard DEVERTLe corps social est disloqué en raison de trop de fractures qui, pour ne point être soignées, s’aggravent.
L’annonce d’une réduction de l’APL à hauteur de 5 euros par mois, quels que soient les revenus, ne se révèle-t-elle pas un manque de soin à l’égard des plus blessés de notre Société.
5 euros par mois ce n’est pas si grave, disent certains. Les commentateurs ont largement parlé d’un « argent de poche », mais pour les 2/3 de la population qui perçoivent cette aide, la diminution viendra encore augmenter la part manquante du nécessaire pour vivre.
La décision, pour autant qu’elle soit confirmée, est pour le moins inquiétante ; n’a-t-elle pas été prise à l’aveugle, sans trop s’interroger et s’inquiéter sur les conséquences malheureuses qu’elle va entraîner pour ceux qui, n’ayant aucune marge de manœuvre, éprouvent déjà le sentiment d’un abandon qui ne fait qu’ajouter à leur détresse.
Le traitement à opérer ne doit pas s’intéresser seulement aux pathologies sociales mais à la situation des personnes, en veillant à s’éloigner du palliatif afin de proposer des soins qui remettent debout.
Quand une famille, en fin de mois, est conduite à compter des pièces pour voir s’il lui est encore possible d’acheter du pain, de donner à manger à ses enfants et quand ces mêmes parents sont obligés de sauter des repas, il y a une situation alarmante criant l’insuffisance du « reste pour vivre » s’apparentant trop souvent à la survie.
Le corps social est en souffrance. Les aides doivent être entendues comme des soins. Dans cette perspective, les restreindre alors qu’elles sont absolument vitales se révèle non seulement un déni des situations de pauvreté mais aussi une fracture de la devise de la République, socle de la Nation.
Quelle liberté quand tout est contraint. Quelle égalité quand l’argent fertilise le cadre de vie des uns et son absence stérilise celui des autres. Quelle fraternité quand les décisions politiques ne font pas de différence entre les plus fragiles et ceux disposant de revenus plus décents.
Et si nous nous rappelions les vers de Victor Hugo dans son poème ‘Liberté, Egalité, Fraternité’ :
Celui-ci, je le supprime
Et m’en vais, le cœur serein,
Puisqu’il a commis le crime
De naître à droite du Rhin.

Une solidarité, ne sachant pas faire naître et reconnaître l’importance de l’aide, commet le crime d’exclure.
Les finances publiques malades, des arbitrages sont nécessaires. Qui peut le contester ; l’heure est à un discernement pour ne point accabler ceux qui ne le sont que trop. Il s’agit non seulement d’une question de justice mais du respect de la dignité des personnes vulnérables qui, à bout de souffle, pensent qu’elles n’ont pas d’avenir pour se juger les parias de la Société.
Ce ressenti douloureux, il nous faut l’accueillir pour s’éloigner d’une dureté qui éteint l’espoir.
Il appartient aux gouvernants de mieux faire comprendre les sacrifices à réaliser en protégeant les accidentés de la vie et les victimes du malheur innocent.
Alors, et alors seulement, le corps social trouvera une harmonie ; elle est impérative pour que « cette marche » soit possible pour tous et avec tous. Cette perspective est suffisamment noble pour qu’elle suscite au sein de la Nation la volonté de la désirer, plus encore de l’entreprendre avec enthousiasme.
Notre Pays qui, de par son histoire, a su refuser les replis sur soi, saura bien faire œuvre de réconciliation pour ouvrir des espaces d’humanité ; ils sont attendus, plus encore espérés.

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